Retour d'expérience : Eléonore VIEILLARD, gérante de Lady Réno Déco
Éléonore Vieillard, gérante de l'entreprise Lady Réno Déco, a su se construire une vie professionnelle et personnelle épanouissante. Découvrez son histoire inspirante.
Bonjour Éléonore, peux-tu nous parler de ton parcours professionnel ?
« J’ai obtenu mon bac L en 2008 et suis ensuite partie en fac de lettres pour préparer une licence d’espagnol, mais sans vraiment savoir pourquoi. Lorsque l’on est perdu, c’est difficile, car à la fac, il n’y a pas de suivi. J’ai décroché après six mois. Mes parents ne m’auraient pas laissée sans rien faire, alors j’ai pris un travail de caissière pendant six mois. C’était un peu difficile à cet âge-là. La relation avec certains clients hommes était compliquée, surtout quand on n’a pas encore été confrontée à ce genre de choses. On me disait parfois, en passant à la caisse : "Ma carte de fidélité, je ne la donne qu’à vous" ou encore, je retrouvais souvent des numéros de téléphone laissés sur ma caisse. Au début, je me suis dit que c’était temporaire, mais cela m’a vite refroidie. Je me suis renfermée, et certains clients se sont plaints auprès de ma chef en disant que je n’étais pas agréable.
C’est à ce moment-là que j’ai cherché un métier manuel, car j’ai toujours été bricoleuse. Sur les conseils d’amis de mes parents, je suis allée au CFA de Besançon pour préparer un CAP peinture et un BP peintre. La recherche d’entreprise pour mon apprentissage n’a pas été facile. J’étais timide et réservée, et après une dizaine de contacts infructueux, j’ai trouvé un contrat avec FCRD à Chalèze.
Une anecdote intéressante : depuis que j’ai ouvert mon entreprise, j’ai retrouvé mon ancien patron chez les fournisseurs. Il est fier de dire que c’est lui qui m’a formée. Je lui ai aussi annoncé que je m’étais lancée, que j’avais franchi le pas.
J’ai obtenu mon CAP en 2010, et j’ai adoré cette expérience. Je me suis retrouvée entourée de jeunes de 16 ans, et là, il n’y avait que du respect. Aucun propos inapproprié. J’étais la "grande sœur" pour eux, et je les aidais dans les cours d'enseignement général. J’avais mon permis, donc c’était moi qui les emmenais manger.
Avec mes formateurs, j’étais en parcours aménagé, bénéficiant d’une dispense pour les enseignements généraux. Je passais beaucoup de temps en atelier avec des tâches personnalisées pour me perfectionner. On ne m’a jamais laissée de côté. Lors des 50 ans du CFA, mes formateurs m’ont reconnue et je suis toujours en contact avec eux aujourd’hui.
Mon parcours m’a vraiment donné confiance en moi et a brisé la carapace de la fille réservée que j’étais. »
Et ensuite ?
« Je suis restée chez le même employeur pour mon BP, auprès de M. Perrier. J’avais envie d’évoluer et de ne pas rester employée. Travailler dans un environnement majoritairement masculin m’a permis de m’affirmer. Après mon BP, M. Perrier m’a proposé un poste, mais j’ai préféré le refuser pour suivre mon conjoint en Suisse. À l’époque, je ne me sentais pas encore légitime pour ouvrir mon entreprise. J’avais seulement 24 ans.
Nous sommes restés 10 ans en Suisse, et pendant ce temps-là, j’habitais près de la MFR de Pontarlier. Un jour, je me suis retrouvée seule, sans mes amies ni ma famille, et il a fallu que je fasse quelque chose. J’ai été embauchée comme vendeuse en électricité, ce qui m’a permis d’acquérir de nouvelles compétences dans le bâtiment. On m’avait promis un poste de conseillère clientèle en peinture, mais cela ne s’est finalement pas concrétisé. Les horaires du commerce ne correspondaient pas à ma vie de couple. J’ai donc démissionné, et mon copain m’a soutenue financièrement et moralement. Je suis ensuite allée à la MFR, j’avais 25 ans, et je me suis lancée dans une formation en petite enfance… Pourquoi pas travailler avec des enfants ?
Après avoir obtenu mon CAP petite enfance, j’ai été immédiatement recrutée par la ville de Pontarlier en tant qu’ATSEM. J’y suis restée pendant six ans et j’ai adoré accompagner les enfants, en plus d’animer des ateliers de peinture. En 2018, j’ai eu ma fille, et elle est allée dans mon école. C’était génial, la première année en tant que parent était vraiment cool.
Un an plus tard, nous sommes revenus à Besançon pour un projet professionnel de mon conjoint qui a racheté une entreprise. Il a aussi été apprenti au CFA de Besançon avant moi et a validé un CAP maçon.
De retour à Besançon, j’ai postulé pour un poste d’ATSEM, mais étrangement, ça n’a pas fonctionné.
De septembre 2023 à mai 2024, j’ai travaillé en CDD en tant que peintre avant de décider d’ouvrir mon entreprise. On m’a proposé une embauche, mais j’ai choisi de refuser. »
Pourquoi as-tu choisi d’ouvrir ton entreprise ?
« J’ai toujours évolué dans un environnement d’entrepreneur, avec mon copain qui est entrepreneur et mon beau-père qui dirige une entreprise de transport. Bien que j’aie vu les côtés moins glamour du métier (travailler le week-end, etc.), je voulais être libre à tous les niveaux : liberté dans mes horaires, dans le choix des matériaux, et aussi dans ma vie personnelle. Je voulais pouvoir accompagner ma fille en sorties scolaires ou être là pour elle quand elle est malade.
Cela fait maintenant 9 mois que je suis à mon compte, le bébé est sorti. J’ai pris le temps de réfléchir, de discuter de mon projet avec mes amies, et j’ai fait le choix de me lancer. Je n’ai rencontré aucune difficulté particulière, à part peut-être le choix de la bonne assurance pour mon entreprise.
J’ai aussi entendu des remarques sexistes dans certains restaurants où je mangeais. Récemment, M. Perrier m’a raconté qu’un client avait refusé que nous assurions le chantier, mais mon patron a insisté : "C’est ça ou rien." Le chantier a été réalisé, et le client était satisfait. Il s’est excusé pour ses aprioris. Cela remonte à 10-12 ans. Aujourd’hui, les clients sont beaucoup plus en confiance, et ils attendent de moi des conseils sur les couleurs. On me perçoit comme étant minutieuse.
J’ai déjà réalisé une vingtaine de devis qui ont tous été acceptés, et je travaille également en sous-traitance. Je ne regrette pas du tout mon choix. Ma priorité, c’est d’être libre et d’avoir une bonne qualité de vie au travail, tout en prenant soin de ma santé. »
Que dirais-tu aux femmes qui hésitent à se lancer dans les métiers du bâtiment ?
« Lancez-vous ! »
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